Récit d’une fin d’année scolaire brutale

Jeudi 12 mars 2020.

C’était pressenti mais comme souvent j’avais tenté de ne pas y croire et de garder mon indéfectible espoir, question de survie pour l’hypersensible que je suis. On faisait de l’humour régulièrement car dédramatiser permettait de continuer à avancer et était le seul moyen de tenter de tromper notre cerveau pour que le coeur tremble moins et continue à battre comme d’habitude.

Et puis ce soir là, c’est arrivé. Je n’ai pas écouté les informations, je n’ai pas voulu, je ne le fais jamais. Pour des tas de raisons mais cette fois encore plus, parce que je voulais pas entendre, parce que je pensais, comme une enfant que quand on n’entend pas, ça n’existe pas. Mon coeur avait réussi à persuader mon cerveau que ce n’était pas sérieux, que ce n’était rien, que ça passerait, que ce n’était pas ce que les adultes, les vrais croyaient mais que c’était autre chose, une autre histoire et que tout irait bien. Tout va bien, petite, répétais-je probablement inconsciemment à l’enfant qui est encore en moi, comme dans la chanson.  De toute manière, le ministre de la santé et quelques jours avant lui, le ministre de l »éducation nationale avaient crié à qui voulait l’entendre « Fermer les écoles jamais !  » Alors. Alors pour une fois ça m’avait bien arrangée d’écouter et de croire à leur discours. On n’envisageait pas de fermer les écoles, ce n’était donc pas si grave.

Et puis, sans avoir voulu entendre, l’information est pourtant arrivée à mes oreilles parce qu’aujourd’hui, les téléphones et les réseaux sociaux rappellent à ceux qui ne veulent pas voir la dure réalité en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Et j’ai su, peut-être quelques secondes après l’annonce officielle, j’avais compris sans même regarder mon téléphone, au nombre de vrombissements qu’il a fait en si peu de temps qu’il se passait ce à quoi je me refusais à croire.

Vendredi 13 mars 2020

Le lendemain, nous n’avions plus le même humour, et si on avait tenté de le faire survivre en ayant encore plaisanté la veille au soir via whats’app, il avait bien fallu se réveiller et se rendre compte que ce n’était pas un rêve.  Alors en une journée, nous avons dû gérer, en plus de notre inquiétude et de notre peine, celle des petits êtres qui nous tenaient debout jusque là et qui nous faisaient oublier que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Une journée de course effrénée où l’on ne savait pas bien quoi faire, quoi tenter de terminer, comment leur parler, comment réagir tout en ayant d’un coup une foule de choses à traiter dans la précipitation, un moyen de communication à créer en toute hâte et une organisation pour assurer un enseignement à distance auquel nous n’avions jamais été préparés. Une journée sans fin ou plutôt avec une fin inhabituelle, digne d’un dernier jour d’année scolaire à la différence importante que la joie n’était pas mêlée à la tristesse, que le sentiment du travail accompli n’était pas là, ni le plaisir de les sentir prêts et comblés. Nous n’avions pas cette montée d’adrénaline qui se transforme en fin de journée en épuisement total d’une année remplie et riche de découvertes, projets et petites victoires puis qui devient nostalgie dès le lundi suivant. Il a fallu se dire au revoir, pour de vrai, d’une manière trop brutale pour eux et pour l’enfant que je suis restée.

A ce moment, on souriait encore malgré tout, on se voulait rassurant, on gardait tous l’espoir de se revoir très vite. On savait que l’on se croiserait dans la rue lorsque nous viendrions à l’école pour cet enseignement à distance. Pour moi, c’était un peu plus difficile, il me restait tout juste trois semaines à faire avant  mon congé maternité et j’avais prévu une séparation festive et anticipée, une douce transmission de flambeau à mon remplaçant et la promesse de garder un oeil sur la classe, de venir participer de temps en temps à la chorale et autres projets si la forme me le permettait. Les choses ne se passaient pas comme prévu.
Nous avions beaucoup à ranger, à réfléchir, à remettre en ordre ou à finaliser. Je voulais que ma classe soit encore plus jolie, propre, accueillante qu’elle ne l’avait jamais été pour leur retour, pour que tout roule malgré cet arrêt, que les projets soient bouclés pour l’exposition de fin d’année pour laquelle j’espérais pouvoir revenir tout mettre en place. J’avais déjà l’installation précise en tête et je m’en faisais une telle joie, autant que les enfants car c’est un moment que j’adore particulièrement, un aboutissement, une année visible en un coup d’oeil, des souvenirs, une satisfaction et une fierté pour eux comme pour nous, un moment de partage avec les familles, quelque chose d’unique.
Mais nous étions épuisés, et lorsque 16h30 sonnèrent, après avoir dit au revoir à tous, s’être dit 1000 gentillesses, s’être dit « à bientôt » en y croyant qu’à moitié, après avoir vu l’inquiétude et la peine refoulées derrière les sourires d’amitié, après avoir cédé aux câlins d’enfants à qui on avait dû répéter les gestes barrières avec difficulté auparavant, après avoir tenté de répondre aux questions dans l’agitation la plus totale, nous tenions difficilement debout, comme assommés et prenant conscience de la nouvelle. Il fallait prendre le recul nécessaire qu’on n’avait pas eu entre l’annonce de la veille et la dernière journée d’école. On n’ a pas réussi à rester pour ranger et commencer à s’organiser, Alors on s’est dit qu’on ferait tout ça le lundi suivant et on est rentré chez nous car on avait tous le coeur un peu trop serré et le corps un peu trop vidé.

 

Lundi 16 mars 2020

En un week-end tout avait de nouveau basculé, ça ne s’était pas arrangé. Peut-être que c’était juste une impression, que c’était juste moi qui ouvrait enfin les yeux mais toujours est-il que j’ai douté, pour la première fois de pouvoir revenir, en particulier dans mon état, de les revoir, de terminer ce qui devait l’être. Il fallait éviter les contacts, les transports, rester chez soi et on avait le droit de faire l’enseignement à distance chez soi et non depuis son établissement si on avait des enfants à garder ou un risque pour la santé. J’ai cherché tout le week-end si les femmes enceintes faisaient partie des personnes à risque, espérant encore que non, et repoussant l’échéance. Ce n’était pas clair, on est fragile mais pas à risque, ça m’arrangeait bien d’y croire. Jusqu’au dimanche soir je pensais y retourner, jusqu’au dernier moment. Je déteste avoir tort, je déteste que ça ne se passe jamais comme dans mes plans, je déteste l’imprévu, je déteste perdre le contrôle. Mais j’allais connaître rapidement tout cela d’un coup. Je pensais y retourner, finalement pas trois jours, deux. Et puis non je tâcherais de ranger en une journée « mais tu comprends je ne peux pas laisser ma classe comme ça, j’ai rien rangé et pour mon remplaçant et mes élèves, ça n’ira pas, je suis obligée d’y aller ». Fausses excuses pour ne pas voir, pour avoir raison, pour tenter de faire la coupure plus douce. Jusqu’au moment où à force de lire et de me prendre la réalité de face, j’ai doucement capitulé. Je n’y retournerais pas, j’avais pesé le pour et le contre et même si je faisais tout et me torturais l’esprit, cherchant sur le net toutes les infos rassurantes pouvant aller dans mon sens et faire crier « le pour » plus fort, « le contre » menait la danse de plus en plus, c’était trop risqué; pour moi mais aussi pour Paparaignée qui souffre d’allergies et d’asthme.
Le lundi matin, au réveil, le même cheminement avait visiblement eu lieu dans la tête des collègues à risques, ceux qui ont pu y sont allés et ont passé leur journée à vérifier les téléphones et mails dans les fiches de renseignements, à créer des listes par classe et à terminer la paperasse pour organiser cet enseignement si particulier. On a compris rapidement que le confinement serait certainement pour le lendemain.

Mardi 17 mars 2020

C’est bête mais j’ai dû retenir mes larmes. Donc ça se finirait comme ça. J’ai mis un peu de temps avant de prendre de nouvelles habitudes d’enseignement, il a fallu découvrir de nouveaux outils de travail, faire des choix dans l’urgence, réfléchir à une organisation. Je reviendrais bien entendu ranger quand tout cela serait fini, faire une petite transition avec mon remplaçant, enfin, ça c’est ce que je croyais toujours, on est têtu ou on ne l’est pas.

 

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Lundi 13 avril 2020

Aujourd’hui on va apprendre que le confinement sera prolongé ; il y a des hauts et des bas, je n’y crois plus mais je fais semblant pour eux, pour moi, je sais qu’on ne se reverra pas de sitôt et j’évite d’y penser pour empêcher le torrent de larmes de se déverser. Je ne voulais pas d’une fin comme celle-là, je ne les reverrai peut-être même pas en septembre pour leur présenter ma fille, et les serrer dans mes bras, l’épidémie sera peut-être toujours là et je n’aurai pas le droit. Il faudra apprendre à vivre autrement, peut-être et je ne suis pas prête.
Oui je m’attache trop, oui ce n’est pas si grave, oui l’année scolaire a juste été un peu amputée mais moi je n’aime vraiment pas cette fin là, il me manquera encore longtemps ce bout. Je passerai à autre chose et eux aussi, plus rapidement et facilement qu’on ne le croit mais pour l’heure, l’émotion reste présente.
Et je réalise s’il le fallait que j’aime profondément ce métier malgré toutes les difficultés qu’il engendre et tout le travail inimaginable qu’il demande.
Et puis il y a ces moments qui font du bien et qui nous montre que ce n’est pas terminé, la chorale en live chaque mercredi, les recettes qu’ils me partagent suite à ma petite « émission » de cuisine créé pour eux, les messages qu’ils m’envoient, les photos, les coups de téléphone, les retours émouvants sur les histoires que j’enregistre pour eux, cette petite fille qui touche l’écran comme si j’étais là pour de vrai, cette autre qui me parle pensant que je l’entends et ceux qui attendent ce moment avec impatience chaque semaine car c’est leur préféré, celui où je suis là, près d’eux. Quelque chose de nouveau s’est créé, quelque chose de très beau.

 

Samedi 25 avril 2020

La vie continue, et il y aura dans 2 semaines un joli au revoir comme je le voulais j’en suis sûre, à distance certes mais un vrai au revoir, celui que j’aurai prévu, il viendra faire oublier le précédent, le brutal, celui que je n’aime pas car il est venu contrecarrer tous mes plans.
La vie continue, ma fille va vite arriver, pas comme j’aurais voulu c’est sûr, mais j’oublierai sûrement beaucoup à ce moment là.

Je n’aime pas l’imprévu, ni perdre le contrôle c’est vrai mais je sais rebondir et les enfants sont très forts à ce jeu là aussi, on s’en sortira. Tout va bien petite, tout ira bien.

 

 

 

 

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Un Halloween pour célébrer l’automne et la nature morte

Cela fait un moment que l’on parle de l’automne avec les garçons.
C’est une saison qu’ils aiment bien car on y trouve beaucoup de graines, il y a beaucoup à ramasser, à observer, les couleurs changent et ça se voit. Et surtout cette année, dans leur nouvelle école, ils ont découvert la fête de l’automne et m’ont beaucoup raconté sur le sujet. Ils ont passé du temps à confectionner des couronnes, à chanter, à travailler sur les couleurs et le jour J, parés de leur petits sarouels de saison, ils sont partis à l’école, leur petit panier de noix en main. Ils ont visiblement beaucoup apprécié cette célébration qui leur a appris à regarder encore plus autour d’eux et les déplacements de l’école à la maison et inversement s’en sont ressentis.
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Au coeur de la toile : un petit tour aux musées

Aujourd’hui, je reviens sur nos sorties parisiennes du mois de juillet. Je sais, l’été n’est plus mais il n’est pas si loin et si je vous poste seulement cet article aujourd’hui, c’est d’une part parce que je n’ai pas eu le temps de le faire avant (pour changer) mais aussi parce que je me dis qu’en cette période de vacances d’automne, des idées d’activités avec les enfants sont toujours les bienvenues.
Alors amis parisiens ou proche Paris, ou même amis plus lointain qui projetez de venir faire un tour à la capitale, cet article est pour vous. Je vous y fais découvrir ou redécouvrir trois musées qui nous ont conquis.

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Une histoire de flamme

Ecrire pour oublier, ça ne sera pas possible.
Ecrire pour surmonter, peut-être.
Ecrire pour évacuer, assurément.
En tout cas écrire, peu importe l’issue. C’est ce que j’essaie de faire depuis presque deux semaines et j’ai plus de difficultés que d’habitude. C’est pourtant quasiment instantané quand j’en ai besoin, ma manière à moi de crier, de pleurer, de frapper pour continuer à avancer. Mais là c’est différent, ça reste coincé . Les cris ont du mal à sortir, les larmes et les coups aussi. Un peu de déni sans doute comme pour me protéger au début et puis un tel bouleversement que l’émotion engendrée a pris un volume bien plus important que je ne l’imaginais, trop imposant pour sortir d’un seul coup.

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5 signes qui montrent que vous êtes devenus des adeptes du camping

Comme révélé dans cet article, à Noël dernier, nous avons fait le choix d’un cadeau pour toute la famille : une tente de camping familiale, avec deux chambres et une partie au milieu pour entreposer le matériel et une table. Bref, le grand luxe après notre petite tente 2 personnes plus tout à fait étanche qui, expérimentée en famille, nous avait fait dire qu’il était tant d’en changer et de s’équiper un peu mieux avec des matelas gonflables et autres joyeusetés (dormir à même le sol après 30 ans n’est visiblement plus aussi simple qu’on le pensait 😉 ).

Bref, après un week-end d’expérimentation en Bretagne à l’Ascension, nous avons résolu d’amener notre tente s’aérer dans l’Ain pour une semaine de camping cet été. Cette belle semaine s’est achevée et on peut à présent dire que nous sommes des campeurs, des vrais ou presque, car il y a des signes qui ne trompent pas.

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Au coeur de la toile : les musées des petites vacances

Voici un nouveau numéro de notre rendez-vous habituel « Au coeur de la toile », ce petit moment où je partage avec vous les idées qui m’ont permis de survivre avec ces deux enfants qui sont les miens pendant les vacances scolaires (oui parce que bizarrement, je me débrouille certainement mieux avec une vingtaine qui ne sont pas les miens 😉 ).

Je n’avais pas rédigé d’article pour les vacances d’hiver, non pas que nous n’avons rien fait mais ceux qui me suivent sur la page Facebook du blog savent que sur la fin des vacances, j’ai fait l’expérience d’une maladie fort sympathique, sans gravité et passagère mais particulière et épuisante : la labyrinthite. Après avoir passé toute la période à travailler sur Thésée et le Minotaure avec mes élèves, le destin a parfois beaucoup d’humour même si ça ne m’a pas du tout fait rire au début 😉 Bref, je vous passe les détails mais toujours est-il que j’ai pris énormément de retard sur mes articles et que celui-ci n’est jamais paru.
Retard accumulé, je n’ai pas publié non plus au moment des vacances de printemps, trop investie dans le projet d’école de cette année centré sur une de mes passions : la mythologie grecque.

De fait, je ne vais pas vous lister maintenant toutes les activités de ces deux périodes de vacances parce que j’ai un gros doute sur l’intérêt de vous décrire notre chasse aux oeufs ou mardi gras en plein mois d’août 😉
Mais je vais vous raconter un peu deux visites qui ont eu du succès auprès de toute la famille et que je vous recommande si vous êtes de passage à Paris ou que vous n’habitez pas très loin : Le Louvre et L’Atelier des Lumières.

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Merci maîtresses

Il y a une semaine, la cloche retentissait une dernière fois dans les couloirs de l’école avant de se mettre au repos pour un peu moins de deux mois. Les cloches ne sonnent plus mais les écoles sont encore ouvertes et si on pousse la porte, on y trouve encore des enseignants qui s’affairent dans un calme agréable et réparateur. Ils rangent, décrochent, nettoient, se remémorent des souvenirs, tirent des leçons et réagencent, préparent, renouvellent, étiquettent, rassemblent, anticipent. Ils utilisent leur dernières forces. Ils font le point et pensent déjà aux projets de la nouvelle année. Tout se pense en amont, les grandes lignes tout du moins et parfois avant même la fin de l’année précédente, c’est ainsi.

Je ne vais pas vous refaire le couplet habituel, vous savez depuis quelques années combien ce moment est particulier pour moi,  cet entre deux où les enfants sont partis mais où l’on tente de maintenir encore un peu de vie dans les locaux de l’école. Vous savez que j’aime et que j’ai besoin d’écrire sur ce moment où les émotions se mêlent, où tout retombe d’un coup à tel point que l’on a l’impression que se relever pour recommencer sera presque impossible, où tout disparaît en tellement peu de temps que l’on a l’impression d’avoir juste rêvé. On regarde sa classe, si vide, si inanimée mais le corps et l’âme eux se souviennent encore. Ils restent marqués et il faut un peu de temps pour se défaire de ce qui fait presque l’effet d’une drogue, ce pourquoi on a tenu jusqu’au bout.

Mais cette année, cette fin pourtant habituelle me semble plus difficile que les autres.

J’ai la sensation, encore jamais éprouvée, d’avoir tellement donné que je ne pourrai pas faire mieux, ni même autant.

D’abord, probablement parce que cette année, grâce au transfert d’une classe élémentaire en maternelle, les effectifs se sont réduits, nous sommes passés de 30 à 21 et pendant 4 mois, j’ai eu 2 asem le matin, j’ai pu m’occuper des élèves correctement, de tous les élèves, même dans ma toute petite classe. Il n’y a pas de secret. J’ai pu mieux respecter leur rythme et leurs besoins, il n’y a pas eu un seul moment où j’ai dû juste survivre, j’ai vécu pleinement mon métier comme je l’entends avec toujours des difficultés à surmonter mais avec la satisfaction de pouvoir apporter à chacun et de manière juste. Mais il ne faut pas se leurrer, les effectifs vont progressivement augmenter à nouveau maintenant que l’ouverture est officielle et avec la réforme, respecter le rythme et les besoins ne semble plus la priorité… En vrai ça ne l’était déjà pas mais on pouvait encore faire parfois sa petite soupe dans son coin pour accommoder les choses et tenter de pallier au grand n’importe quoi de l’éducation nationale, ça risque de se corser.

Ensuite, parce que cette année, j’avais le thème idéal, celui qu’il fallait pour monter au sommet, la mythologie grecque, ma passion depuis l’adolescence. Cette année, on m’a demandé de la transmettre. Qu’est-ce qui aurait pu me rendre plus heureuse ? C’était juste le thème le plus passionnant sur lequel j’ai travaillé avec les enfants dans toute ma carrière. Ce thème qui soigne les blessures intérieures dont on n’a même pas connaissance, ce thème qui répond aux questions de notre inconscient, ce thème qui m’a emporté et les enfants avec, tellement loin que j’en ai souvent oublié mon sommeil et ma personne. Même les parents se sont laissés surprendre puis emporter dans ce tourbillon de légendes et n’en revenaient pas de l’effet sur leur progéniture et leur famille toute entière parfois, de ce que nous avons pu réaliser avec eux autour de ce thème. Le langage, le vocabulaire et la mémoire sont montés en flèche et les enfants se sont mis à demander les feuilletons de Muriel Szac pour Noël ou leur anniversaire. L’imagination est revenue et les jeux de récréation s’en sont trouvés enrichis. Les remerciements ont été dignes d’une ascension au Mont Olympe. Une année tellement riche et intense que je me demande comment je vais pouvoir recommencer.

 

Enfin, parce que je ne suis pas montée aussi haut toute seule. Le thème était idéal pour moi certes, mais les collègues l’étaient encore plus et cette année la cloche sonne aussi le départ d’une partie d’entre elles.  Des collègues qui sont bien plus que ça, des amies et je ne veux pas mettre la pression aux nouveaux arrivants qui ont l’air vraiment charmants mais il s’est réellement passé quelque chose cette année, et je ne sais pas si ça peut se reproduire ;).
Quand la cloche à sonné vendredi dernier, quand la classe s’est vidée, je me suis sentie seule, vidée moi aussi, mais ce n’est pas tant le départ de mes élèves qui m’affectait cette fois. J’ai réalisé que mes collègues allaient bel et bien partir, pour de vrai, pas juste dans la cour d’à côté ou dans la classe du dessus. J’ai vu leurs cartons, j’ai vu leurs classes où leurs empreintes s’effaçaient et j’ai compris que je perdais le plus important. J’ai ressenti instantanément un manque, j’ai compris que j’allais devoir avancer sans elles, à la rentrée prochaine.

Les enfants qui partent franchissent une étape. Le chemin continue mais moi je m’arrête là, juste avant que la route ne bifurque. C’est mon rôle, à chaque fois, de les accompagner, de ne pas les retenir, surtout pas, au contraire, qu’ils puissent s’envoler plus haut. A la rentrée, ils ne seront plus « mes » enfants mais ils seront toujours là, me faisant toujours un sourire en coin à travers la grille, et on se remémorera des souvenirs parfois. Je garderai un oeil sur eux.

Cette année, je suis comme mes élèves et leurs parents et je perçois l’immense difficulté que ça peut être de passer d’un enseignant à un autre quand on s’attache à ce point, qu’on prend des habitudes, qu’on grandit avec lui. On a fait un bout du chemin ensemble, elles m’ont accompagnée (et j’espère les avoir accompagnées aussi), la route s’est élargie progressivement et aujourd’hui, il est temps d’en prendre chacune une nouvelle. Il faut couper un cordon devenu ultra résistant. Cette année, je verse des larmes différentes, et la rentrée aura un arrière goût de mélancolie. Je serai bien obligée d’ôter mes œillères habituelles, qui me servent en toutes occasions, même si j’ai bien pris soin de les fixer le plus fort possible cette fois. Au jeu du stop ou encore, ce sera stop pour cette manche qui clôturera la partie.

Je sais bien que les années à venir seront plein de nouvelles rencontres, de nouvelles richesses et que ça m’apportera beaucoup, que je découvrirai encore, que je partagerai à nouveau, que je rirai toujours mais je n’oublierai pas cette année, ces années qui m’auront fait rencontrer ces 4 collègues fantastiques auxquelles je pense aujourd’hui.

D’abord celles qui étaient de passage, là pour un an et même moins, mais qui auront marqué mon esprit et mon coeur comme jamais aucun enseignant n’a pu le faire en si peu de temps. Elles, ce sont celles que je choisirais sans hésiter si j’ouvrais une école ou quoi que soit d’autres d’ailleurs, celles qui m’ont boostées et qui m’ont donné envie de partager et de mener des projets plus que de raisons, celles qui savaient me donner l’envie de me dépasser et qui auraient pu me demander n’importe quoi, celles qui pouvaient me remonter le moral en 2 secondes, juste par leur simple présence, celles pour qui j’avais envie de ne montrer que le meilleur et avec qui j’ai tellement ri, celles qui m’ont accordé leur confiance et qui me suivaient dans toutes mes folies (même les plus foireuses, en redressant la barre quand il le fallait quand même ;)), celles auprès de qui je me suis sentie grande, légitime, compétente mais qui m’ont fait grandir encore plus.

C**** est exactement moi 10 ans en arrière, mêmes passions, même type de vie, même fragilité et sensibilité et mêmes envies, force et persévérance, même organisation. Bon en fait, je crois qu’elle est bien plus compétente que moi à son âge, ça promet 😉 . J’ai eu l’impression d’avoir une petite soeur le temps d’une année et c’était génial, une petite soeur à qui on donne autant qu’elle nous apprend, une petite soeur que l’on protège autant qu’elle vous rassure, une petite soeur avec qui on rit bêtement de choses bêtes et avec qui on construit des choses incroyables.

M****** serait plutôt mon contraire, calme, posée, réfléchie, capable de canaliser mon énergie comme personne, sans rien faire, inconsciemment presque. Avec elle aussi j’ai appris beaucoup, et j’ai ri. Avec elle, l’émulation a été totale et le plaisir instantané. D’un horizon différent du mien, j’ai été complètement admirative de son adaptation et de son investissement. Sans avoir pratiqué avant avec ce type de public très jeune, elle m’a pourtant appris bien plus que certaines avec de la bouteille.

Ensuite, les anciennes comme on dit, celles qui partent après 5 ans dans cette école et 5 ans de vie commune, ce n’est pas rien dans notre métier. Il y a 5 ans, nous arrivions toutes les 3 en même temps, avec un passé différent mais pleine d’envies pour un avenir commun.

M**** arrivait en élémentaire, elle est peu à peu devenue la maîtresse des plus grands de l’école, celle qui les aidait à franchir la passerelle qui mène au collège. Une enseignante simple, calme, posée avec une belle maîtrise de soi et pleine de richesses, de partages. Celle qui a créé un lien particulier entre les cm2 et les maternelles et qui a rendu possible des projets parmi mes préférés dans l’école, celle qui a aidé au partage entre les générations et à la transmission entre élèves. Je ne l’oublierai pas, je penserai forcément à elle quand on parlera médiation culturelle, coup de pouce, kermesse, danse traditionnelle, yoga et j’en passe. Elle aura laissé sa patte.

Et puis il y a A****, la zen attitude, qui prend son temps, qui sait faire la part des choses et prendre toujours la bonne distance quand il y a un problème, qui gère ses émotions et sa classe d’une main de maître, qui gère son temps de travail avec brio, qui aime l’ordre comme moi et avec qui j’ai donc rangé la réserve un nombre incalculable de fois, celle qui a été mon premier guide dans ce métier sans vraiment le savoir puisqu’avant elle j’avais été essentiellement remplaçante. Organiser une sortie, faire des commandes, tenir une coopérative, rédiger des dossiers, organiser les APC, je ne savais pas faire, alors je faisais tout comme elle et si aujourd’hui je suis à l’aise avec tout ça et je peux le transmettre à mon tour, c’est essentiellement grâce à elle. Avec elle, le lien est particulier, nous sommes tombées enceintes au même moment, moi de mon deuxième, elle de son premier. A peu de jours près, ils naissaient à la même date, ils ont été gardés chez la même nounou, élevés ensemble et ils ont eux aussi un lien particulier. On a échangé, on a partagé bien plus que sur le boulot, une collègue à qui je n’ai pas peur de tout dire, de donner mon ressenti car elle est toujours d’excellent conseil et elle sait me faire réfléchir avant d’agir.

 

A elles toutes réunies, elles ont fait de cette année, la meilleure de ma carrière et les larmes me viennent à l’écriture de cette phrase car ces rencontres marquantes n’arrivent pas tous les jours dans une vie. Aujourd’hui, je garde le moteur allumé même si l’essence est à court et je vais tâcher d’en trouver un peu ailleurs même si elle n’aura sans doute pas la même odeur, la même puissance. J’espère qu’un jour je croiserai à nouveau la route de mes fournisseuses préférées.
Aujourd’hui c’est à mon tour de dire « Merci maîtresses ».

 

 

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En saigner

Vous le savez, je suis maîtresse, professeur des écoles on dit, bref, j’enseigne et je fais un million d’autres choses aussi pour lesquelles je ne suis pas habilitée en principe mais ce n’est pas nouveau et on en parlera une autre fois.
J’enseigne avec un plaisir souvent démesuré, parfois déraisonnable mais toujours captivant, ce n’est pas nouveau.

J’aime profondément mon métier.
Mon coeur bat ! C’est comme ça.

Mais aujourd’hui je suis inquiète. Plus que je ne l’ai jamais été.

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A la découverte d’un artiste : le Douanier Rousseau

Marmouset et Caillou sont toujours partant lorsque je leur propose des activités tournés vers les arts.
Ce qu’ils adorent par dessus tout, c’est pratiquer évidemment et tester du matériel différent.

Marmouset a un gros faible pour l’aquarelle, il peut y passer de longs, très longs moments. C’est une activité qui le calme instantanément, il aime observer et reproduire, cherche les détails et se montre pointilleux et persévérant dans ses réalisations. Le dessin d’observation lui plaît autant que d’imaginer et on ne part jamais en vacances sans emporter sa palette, même pour quelques jours seulement, c’est l’activité incontournable. Depuis 6 mois, il est inscrit à sa demande à une activité d’arts visuels où il prend plaisir à se rendre.
Caillou, quant à lui, s’est mis au dessin avec intention, de plus en plus figuratifs avec éléments bien reconnaissables et qui racontent une histoire depuis quelques mois maintenant et on ne l’arrête plus. Il passe son temps à nous demander des feuilles pour dessiner. (heureusement que j’ai un gros carton de brouillons 🙂 )

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Un anniversaire arc-en-ciel

Marmouset aime les couleurs depuis toujours, il a des couleurs « préférées » qui ont déjà changé plusieurs fois mais s’il doit choisir un vêtement ou donner son avis sur un tissu, il choisira toujours ce qui comporte le plus de couleurs, ce qui est bien voyant, ce qui est fleuri ou ce qui brille.
Et sa grande passion du moment (un moment qui dure depuis plus d’un an quand même), c’est les arcs-en-ciel ! Pour son anniversaire, il s’est donc naturellement décidé pour ce thème. Il hésitait avec les dinosaures et j’avoue que son choix final m’a bien arrangée (le gâteau Tyrex, c’est pas pour demain ouf 😉 ).

 

Bref, pour les 5 ans de ce grand bonhomme, il fallait des nuages, de la pluie, du soleil et bien entendu pas mal d’huile de coude pour que la magie opère et que les couleurs apparaissent.

Comme c’était sa première fête d’anniversaire, je me suis mise en mode « Un dîner presque parfait » ou plutôt « Un anniversaire presque parfait » en l’occurrence et j’ai donc établi une liste et opéré des choix avec le principal intéressé en fonction de trois catégories : gâteau et buffet, décoration et activités/ambiance 😉

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