{Projet 52, semaine 19} A mes pieds

C’est avec plus d’une semaine de retard que je poste la photo de la semaine 19 du Projet 52 avec ce thème « A mes pieds ».

Il y a un mois, pour la semaine 15, le thème était « Le ciel au dessus de ma tête ». J’avais alors réappris à regarder en l’air, à prendre un peu le temps d’observer ce ciel, à remarquer tout ce qu’il renfermait.

Alors cette fois, pour « A mes pieds », j’ai simplement tourné mon regard à l’opposé. Mes yeux se sont fixés sur le sol. Et pour tout vous dire, je n’ai pas vraiment dû me forcer car le sol, je le regarde comme jamais depuis un certain temps. Depuis que quelqu’un d’autre en a fait son terrain de jeux, et par la force des choses, m’oblige un peu à faire de même. Et ce quelqu’un, c’est Marmouset.

Oui, depuis de nombreuses semaines, on ne peut plus rentrer à la maison sans scruter le parterre et s’adonner à quelques activités qui rendent nos trajets certes 10 fois plus longs mais aussi 10 fois plus drôles (pour lui), 10 fois plus passionnants (pour lui) et 10 fois plus sûrs (pour moi). Plus sûrs, parce que, ainsi, nous avons des passages obligés, sortes de « paliers » qui permettent à Marmouset de bien rester sur le trottoir et de ne pas me distancier trop vite en courant n’importe où. Un mal pour un bien donc.

Ces activités sont précises et bien spécifiques :
– marcher sur les « bords » (devantures de magasins, pas de portes, bordures quelconques)
– monter sur chaque « plots » (que maman cache parfois habilement avec la poussette pour ne pas que Marmouset les voit et ainsi gagner un peu de temps, bouuuh mère indigne 😉 )
– s’arrêter aux endroits stratégiques : le bassin à poissons de l’école ; le passage ou « Monsieur tracteur » (le gardien de l’immeuble ou est gardé Marmouset) apparaît avec son tracteur pour sortir ou rentrer les poubelles ; le chantier où travaillent les « Monsieurs travaux » ;  le garage où l’on peut crier pour entendre l’écho lorsqu’il est ouvert ; l’endroit où habite la poule du quartier (ce n’est pas le surnom d’une voisine hein, c’est une vraie poule), la place où l’on peut courir après les pigeons, …
– marcher sur les plaques d’égouts
– enfiler des brindilles dans les trous des plaques d’égouts
– slalomer entre les potelets métalliques (si si ce terme existe et je peux vous dire que j’ai cherché pour savoir comment ça s’appelait 😉 )
– marcher dans les flaques ou dans l’ombre de l’autre selon le temps

Et je dois bien arriver à la conclusion que les enfants ont vraiment le sens du détail ! C’est incroyable à quel point ils remarquent des choses qui nous paraissent insignifiantes, à quel point ils savent être attentifs quand ils sont intéressés, à quel point ils sont sensibles au moindre changement, à quel point leur mémoire est incroyablement performante, et à quel point ils savent jouer et s’émerveiller avec peu.

Une véritable leçon de vie, juste là devant nous, au quotidien, qui pourtant nous fait bien souvent râler parce que « on va être en retard », « il faut vite rentrer pour la sieste », « on ne pourra pas faire telle ou telle autre chose », … alors qu’on devrait y voir des capacités étonnantes, une invitation à lâcher prise, une possibilité de changer notre vision du monde.

Je dis « on devrait » mais loin de moi l’idée de faire la leçon aux parents trop pressés (parce que j’en fais partie ). J’essaie surtout, par mes écrits, de mettre à plat mes réflexions personnelles, de m’interroger sur ma manière de faire, de me remettre en question et d’essayer de faire mieux ou du moins pour le mieux. Et ce n’est pas gagné 😉 Oui parce que quand même je me vois mal dire aux trois patients qui attendent leur tour chez le dentiste que je suis en retard parce que j’ai couru après des pigeons. (Et pourtant ce serait le rêve une société qui accepte ça non ?).
En revanche, il m’arrive maintenant de prendre le temps de rentrer à la maison, même si je suis seule, de m’amuser secrètement à ne pas marcher sur les lignes formées par un sol pavé (comme lorsque petite je me lançais le défi de rentrer de l’école en évitant les traits du bord du trottoir).

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Ce sol que l’on ne regarde jamais une fois adulte, sauf peut-être pour éviter les crottes de chien. Ce sol, on se met à le connaître par coeur avec nos enfants ! Les moindres détails, chaque brèche dans le bitume, chaque petit défaut, le degré de chaque pente, le moment ou les trottoirs penchent et de quel côté, chaque fissure, les herbes rebelles qui se sont nichées dans un coin, le nombre de plaques d’égouts, le nombre et la forme des trous dans les plaques d’égout, la largeur et la hauteur de chaque bords le long des vitrines, des pas de porte, des devantures de restaurant, …  On sait aussi exactement où se nichera l’eau lorsqu’il pleuvra, l’étendue des flaques qui vont se former, leur profondeur et la couleur que l’eau va prendre au fil du temps. On connaît par coeur le nombre de plots qui jalonnent le chemin, on connaît les maisons, les animaux qui y vivent, leurs habitudes. On connaît les petits dangers du chemin, là où l’on peut trébucher, là où la roue de la poussette va buter ou se bloquer, … On sait même à quel moment de la journée et à quel endroit le sol va briller, prendre une couleur différente, s’assombrir en fonction de la position du soleil, on sait exactement où sera projetée notre ombre.

On apprend qu’à nos pieds, il y a bien plus qu’on ne pensait, un trésor infini, des possibilités multiples ! 

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