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{Projet 52, semaine 8} Lettre

Pour cette semaine 8 du projet 52, le thème était « lettre ».

Une photo sans une once d’esthétique, sans mise en scène particulière, sans beauté artistique, mais une photo du quotidien, de la vraie vie quoi et qui parlera sûrement à nombre d’entre vous !

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Les fameuses et indémodables pâtes alphabet. Beaucoup les ont connues dans leur enfance et les font découvrir maintenant à leur propres enfants.

Pour Marmouset, la rencontre a eu lieu il y a peu. Il aime beaucoup les pâtes, de toutes les formes, de toutes les tailles. Pour rendre le plat un peu plus attrayant (même s’il n’a pas besoin de ça, c’est un dévoreur né), et surtout parce qu’il adore les poules, les moutons, les chats, …j’avais acheté des pâtes « animaux ». Pour changer un peu, dernièrement, ce sont les pâtes alphabet qui sont venues décorer son assiette.
Il commence tout juste à s’intéresser aux lettres, il nous regarde écrire avec curiosité, il connaît la première lettre de son prénom, la repère et hurle « moi S » lorsqu’il l’aperçoit sur un journal, un ticket de caisse (qu’il aime bien chaparder), ses cubes, … la confondant d’ailleurs souvent avec le 2 s’il le voit à l’envers ou le 5, il demande aussi à ce que je nomme d’autres lettres de temps en temps, …
Bref, ces pâtes m’ont paru une bonne occasion de répondre à son intérêt pour la chose de manière ludique.
Mais ça n’a pas été si simple, car en cuisson classique, ces pâtes minuscules et toute fines s’amalgament, se collent et à vrai dire, le résultat ressemble plus à une bouillie qu’à un joli alphabet comestible. La préparation en soupe aurait été préférable. Marmouset a tout de même voulu que je trouve « SA » lettre, c’est à dire la première lettre de son prénom, ô joie,  j’ai dû y aller avec les doigts et presque l’oeil collé à l’assiette 😉 Par miracle, la dite lettre n’était pas loin. Le repas a failli se transformer en leçon de lecture (peut-être devrais-je envisager cette méthode à l’école) puisque, juste après, il a voulu que je nomme les quelques lettre indemnes échouées sur le bord de l’assiette. Heureusement, ça n’a duré que quelques secondes, il est encore petit pour entrer pleinement dans cet apprentissage et surtout il avait faim 😉

Il aura bien l’occasion d’en savoir plus quand il le souhaitera !

 

Quelques jours après, lettre à L

A L*** (mon petit Caillou),

C’était le week-end du 13 novembre 2015. Ce week-end là, je pensais commencer à coudre ton Bai jia bei, ta couverture aux voeux. Le vendredi soir, j’avais déjà étalé tous les carrés de tissus sur le sol du salon pour me faire une idée de ce que ça donnerait. Puis j’avais pris une photo et j’avais tout empilé minutieusement pour pouvoir commencer la couture le lendemain. C’était avant et il y a eu un après, pas celui que j’attendais.
Le lendemain, j’ai commencé la couture, c’était prévu ainsi et malgré les évènements difficiles, j’ai décidé de ne pas changer mes plans. Au contraire, je me suis encore plus investie dans la tâche. J’ai cousu régulièrement pendant ces deux jours de deuil national. J’ai cousu parce que célébrer la vie qui allait arriver était plus important que tout, peut-être encore plus à ce moment là. J’ai cousu pour détourner de temps en temps mon regard de l’actualité tragique et m’accorder les respirations salvatrices nécessaires.
J’ai cousu parce que je refuse que pour toi, ce jour du 13 novembre 2015 soit celui des attentats de Paris. Il ne sera pas le jour où une poignée de monstres se seront unis pour faire le mal, non ! Il sera le jour où un grand nombre de personnes proches ou moins proches, des personnes que je ne vois même pas tous les jours, de tous les âges et de toutes les cultures différentes, se seront unies pour t’apporter tout le meilleur de ce monde, plein de force et autant de douceur. Il sera le jour où tous les voeux qu’ils t’ont prodigués, parfois de l’autre bout du monde, auront été réunis au travers de l’assemblage de carrés de tissus remplis de couleurs.
En ce week-end du 13 novembre 2015, je suis contente de m’être lancée dans ce projet, il prend encore plus de force, il me semble encore plus important que je ne le pensais, il symbolise l’union et l’humanité. Et quand moi-même je ne croirai plus en ce monde de bisounours que je m’entête à conserver depuis toute petite (et ce n’est pas fini), il me suffira de te regarder dans cette couverture pour reprendre espoir. Et si ça n’est pas encore assez, je me roulerai dedans avec toi. Parce que toi aussi, plus tard, tu en auras besoin. Quand des drames arriveront, que tu seras perdu, que tu chercheras à comprendre mais que tu n’y arriveras pas car comme moi tu ne seras pas conditionné pour comprendre la haine alors tu en auras besoin, besoin de voir que l’union et l’amour existent et restent toujours malgré tout.

Aujourd’hui, je te le dis mon fils, oui ces derniers jours, malgré ce beau projet de couverture, j’ai eu du mal à détourner les yeux de l’actualité, j’ai eu le coeur rempli de larmes, j’ai eu l’esprit torturé car je voulais comprendre l’incompréhensible et tu as dû le sentir car tu t’es fait plus discret qu’à l’habitude. Alors, à un moment, on a dit stop, on a décidé de troquer BFM TV contre le dessin animé Vice Versa et on a continué à sourire et à rêver, et on a fait de la place dans notre coeur pour des larmes plus joyeuses cette fois. C’était le week-end du 13 novembre, il y a eu un avant et il y a eu un après. Aujourd’hui, je te dis ce que je n’ai pas pu te dire avant : ne t’inquiète pas. Je reprends doucement le dessus, je vais te protéger, ta famille au sens large du terme va te protéger. Aujourd’hui, je pense à toi, tu as repris tes galipettes dans le ventre, dans quelques jours, tu seras là et je suis prête à t’accueillir.

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